Le marché de l’assurance automobile repose sur un principe fondamental : l’évaluation précise du risque et la juste indemnisation en cas de sinistre. Dans ce contexte, l’état du véhicule avant l’accident constitue un élément déterminant qui influence directement le montant des indemnités versées par l’assureur. La valeur d’un véhicule, son usure, ses caractéristiques techniques et son entretien représentent des facteurs que les experts et assureurs analysent méticuleusement pour établir l’indemnisation. Cette pratique, souvent méconnue des assurés, peut engendrer des situations conflictuelles lors du règlement des sinistres, notamment quand l’écart entre la valeur espérée et l’indemnité proposée se révèle significatif.
Cadre juridique de l’évaluation préalable des véhicules en assurance
L’évaluation de l’état d’un véhicule avant sinistre s’inscrit dans un cadre juridique précis, défini par le Code des assurances et la jurisprudence française. Ce cadre établit les règles fondamentales qui régissent la relation entre l’assuré et sa compagnie d’assurance.
Le principe indemnitaire, pilier du droit des assurances, est codifié à l’article L121-1 du Code des assurances. Il stipule que « l’assurance relative aux biens est un contrat d’indemnité; l’indemnité due par l’assureur à l’assuré ne peut dépasser le montant de la valeur de la chose assurée au moment du sinistre ». Cette disposition légale signifie que l’objectif de l’indemnisation n’est pas d’enrichir l’assuré, mais de le replacer dans la situation financière qui était la sienne avant la survenance du sinistre.
La Cour de cassation a constamment réaffirmé ce principe dans sa jurisprudence. Dans un arrêt du 7 juin 2018, la deuxième chambre civile a précisé que « l’indemnité d’assurance ne peut excéder le montant de la valeur de la chose assurée au moment du sinistre, déduction faite de la vétusté ».
Le contrat d’assurance automobile constitue la source première des obligations relatives à l’évaluation du véhicule. Les conditions générales et particulières déterminent les modalités d’estimation de la valeur du véhicule et les critères pris en compte. La liberté contractuelle permet aux assureurs de définir leurs propres méthodes d’évaluation, sous réserve qu’elles respectent les dispositions légales et ne comportent pas de clauses abusives au sens de l’article L212-1 du Code de la consommation.
Concernant l’obligation d’information, l’article L112-2 du Code des assurances impose à l’assureur de fournir une fiche d’information sur le prix et les garanties avant la conclusion du contrat. Cette obligation s’étend aux modalités d’évaluation du véhicule et aux conséquences potentielles sur l’indemnisation.
Obligations déclaratives de l’assuré
L’assuré n’est pas en reste dans ce dispositif juridique. L’article L113-2 du Code des assurances lui impose de déclarer exactement, lors de la conclusion du contrat, « toutes les circonstances connues de lui qui sont de nature à faire apprécier par l’assureur les risques qu’il prend en charge ». Cette obligation inclut les informations relatives à l’état du véhicule.
De même, l’article L113-4 prévoit que toute modification du risque en cours de contrat doit être déclarée à l’assureur. Ainsi, des modifications substantielles apportées au véhicule, susceptibles d’en modifier la valeur ou les caractéristiques, doivent être signalées.
La sanction du non-respect de ces obligations peut être sévère : nullité du contrat en cas de réticence ou de fausse déclaration intentionnelle (article L113-8), réduction proportionnelle de l’indemnité en cas d’omission ou de déclaration inexacte non intentionnelle (article L113-9).
- Obligation d’information précontractuelle de l’assureur (L112-2)
- Obligation de déclaration exacte du risque par l’assuré (L113-2)
- Principe indemnitaire limitant l’indemnisation à la valeur réelle du bien (L121-1)
Ce cadre juridique structure l’ensemble du processus d’évaluation des véhicules et pose les fondements des méthodes utilisées par les experts automobiles pour déterminer la valeur d’un véhicule avant sinistre.
Méthodologies d’évaluation de l’état du véhicule par les assureurs
Les compagnies d’assurance ont développé des méthodologies sophistiquées pour évaluer l’état des véhicules avant sinistre. Ces approches combinent analyses techniques, données statistiques et expertises professionnelles pour déterminer une valeur aussi objective que possible.
La valeur à dire d’expert
La méthode de référence reste la valeur à dire d’expert (VADE), qui constitue une évaluation personnalisée du véhicule. L’expert mandaté par l’assureur procède à une analyse approfondie prenant en compte de multiples facteurs :
- L’âge du véhicule et son kilométrage
- L’état général de la carrosserie et de l’habitacle
- Les performances mécaniques et l’usure des pièces maîtresses
- L’historique d’entretien et les réparations antérieures
- La cote sur le marché de l’occasion
Cette évaluation s’appuie sur l’expertise technique de professionnels certifiés par la Fédération Française des Experts en Automobile (FFEA). Leur méthodologie suit généralement le protocole établi par l’Alliance Nationale des Experts en Automobile (ANEA), qui garantit une approche standardisée tout en permettant l’adaptation aux spécificités de chaque véhicule.
Pour les véhicules récents, la valeur de remplacement à neuf peut être prise en compte durant une période définie contractuellement (souvent 6 mois à 2 ans). Passé ce délai, un coefficient de vétusté est systématiquement appliqué.
Les outils statistiques et bases de données
Les assureurs s’appuient également sur des bases de données sectorielles qui compilent les transactions du marché automobile. Ces ressources fournissent des valeurs de référence selon les modèles, années et caractéristiques des véhicules.
Parmi les références les plus utilisées figurent :
La cote Argus, référence historique du marché français, qui publie mensuellement des valeurs moyennes de reprise pour la quasi-totalité des modèles
Les bases de données SIDEXA, alimentées par les experts automobiles et les réseaux de réparation
Les plateformes en ligne comme La Centrale ou Autobiz, qui analysent en temps réel les prix du marché de l’occasion
Ces outils permettent d’établir une valeur de marché objective, qui constitue généralement le plafond d’indemnisation en cas de sinistre total.
L’évaluation préalable lors de la souscription
Lors de la souscription d’un contrat, plusieurs compagnies proposent désormais une évaluation préalable détaillée du véhicule. Cette démarche peut prendre différentes formes :
Un questionnaire détaillé rempli par l’assuré, précisant l’état général, les équipements et l’historique du véhicule
Une inspection physique réalisée par un expert ou un prestataire agréé
Un relevé photographique complet du véhicule, parfois via des applications mobiles dédiées
Cette évaluation initiale présente l’avantage de fixer contractuellement un référentiel qui pourra être utilisé en cas de sinistre ultérieur, réduisant ainsi les risques de contestation sur l’état antérieur du véhicule.
Des assureurs innovants comme Leocare ou Lovys ont développé des solutions digitales permettant aux assurés de documenter eux-mêmes l’état de leur véhicule via des applications mobiles. Ces photos horodatées et géolocalisées constituent des preuves recevables en cas de litige sur l’état antérieur.
Ces différentes méthodologies d’évaluation ne sont pas exclusives et se complètent généralement pour aboutir à une estimation aussi précise que possible de la valeur du véhicule avant sinistre, élément déterminant du calcul de l’indemnisation.
Facteurs techniques et critères d’appréciation de l’état du véhicule
L’évaluation d’un véhicule avant sinistre repose sur l’analyse minutieuse de multiples facteurs techniques et critères objectifs qui permettent d’établir sa valeur réelle sur le marché. Ces éléments constituent la base sur laquelle les experts fondent leur estimation.
Éléments fondamentaux de valorisation
L’âge du véhicule représente le premier facteur d’appréciation. La dépréciation suit généralement une courbe descendante non linéaire, avec une perte de valeur plus importante durant les premières années. Selon les données de l’Automobile Club Association, un véhicule perd en moyenne 15 à 25% de sa valeur la première année, puis 10 à 15% les années suivantes.
Le kilométrage constitue le second critère majeur. Les experts appliquent des coefficients de dépréciation selon des paliers kilométriques standardisés. Par exemple, pour un véhicule de segment C (compacte), la dépréciation peut atteindre 5% tous les 10 000 km au-delà de la moyenne d’utilisation (environ 15 000 km/an). À l’inverse, un kilométrage inférieur à la moyenne peut valoriser le véhicule de 3 à 8% selon les modèles.
L’entretien mécanique joue un rôle déterminant dans l’évaluation. La présentation d’un carnet d’entretien complet et à jour, avec factures des interventions réalisées conformément aux préconisations du constructeur, peut majorer la valeur de 5 à 10%. À l’inverse, l’absence de suivi régulier ou le non-respect des intervalles de maintenance entraîne une dévalorisation significative, pouvant atteindre 15 à 20% selon l’Organisme Technique Central (OTC).
État cosmétique et carrosserie
L’état de la carrosserie fait l’objet d’une attention particulière. Les experts utilisent des grilles d’évaluation normalisées qui quantifient :
- Les impacts, rayures et déformations
- L’état de la peinture (oxydation, décoloration, éclats)
- La présence de corrosion ou de réparations antérieures
- L’alignement des éléments de carrosserie
Selon la Fédération Française de Carrosserie (FFC), une carrosserie présentant des défauts multiples peut déprécier un véhicule de 10 à 15%, tandis qu’un état impeccable peut générer une plus-value de 3 à 5% par rapport à la cote moyenne.
L’habitacle fait également l’objet d’une évaluation détaillée. L’usure des sièges, du volant, des commandes et du tableau de bord constitue un indicateur fiable de l’utilisation générale du véhicule. Des méthodes statistiques établies par le Syndicat des Professionnels du Pneu permettent de détecter les incohérences entre l’usure de l’habitacle et le kilométrage affiché, révélant d’éventuelles fraudes au compteur.
Équipements et spécificités techniques
Les équipements du véhicule influencent significativement sa valeur. Selon une étude du Cabinet AutoExperts, certains équipements conservent une valeur résiduelle importante :
Les systèmes de navigation intégrés peuvent valoriser un véhicule de 3 à 5% après 3 ans
Les équipements de sécurité avancés (freinage d’urgence, maintien dans la voie) apportent une plus-value de 2 à 4%
Les équipements de confort premium (cuir, toit ouvrant, climatisation multizone) conservent environ 30% de leur valeur initiale après 5 ans
À l’inverse, certaines spécificités techniques peuvent déprécier un véhicule. C’est notamment le cas des motorisations atypiques ou en fin de cycle réglementaire. Ainsi, selon les données de l’Argus, les véhicules diesel de norme Euro 4 ou antérieurs subissent une décote supplémentaire de 10 à 15% en raison des restrictions de circulation dans les zones à faibles émissions (ZFE).
Les modifications apportées au véhicule font l’objet d’une attention particulière. Si les transformations homologuées et réalisées par des professionnels peuvent valoriser le véhicule, les modifications artisanales non déclarées constituent généralement un facteur de dépréciation, voire un motif de refus d’indemnisation en cas de sinistre.
L’ensemble de ces facteurs techniques est analysé selon des méthodologies standardisées, permettant d’aboutir à une évaluation objective qui servira de base au calcul de l’indemnisation en cas de sinistre. Cette approche multicritères garantit une prise en compte équilibrée des différents éléments constitutifs de la valeur réelle d’un véhicule sur le marché.
Impact de l’état du véhicule sur le calcul de l’indemnisation
L’état du véhicule avant sinistre influence directement le montant de l’indemnisation versée par l’assureur. Cette corrélation se manifeste à travers différents mécanismes contractuels et techniques qui déterminent la valeur finale attribuée au véhicule endommagé.
Distinction entre sinistre partiel et total
La qualification du sinistre constitue la première étape décisive dans le processus d’indemnisation. On distingue deux situations principales :
Le sinistre partiel correspond à un dommage dont le coût de réparation reste inférieur à la valeur du véhicule avant sinistre. Dans ce cas, l’indemnisation couvre généralement les frais de remise en état, déduction faite de la franchise éventuelle.
Le sinistre total (ou économiquement irréparable) est constaté lorsque le montant des réparations dépasse la valeur du véhicule avant sinistre, ou un pourcentage de cette valeur défini par la réglementation. Selon l’article L327-1 du Code de la route, un véhicule est considéré comme économiquement irréparable lorsque le montant des réparations nécessaires à sa remise en état excède sa valeur avant sinistre.
La frontière entre ces deux qualifications repose entièrement sur l’évaluation préalable du véhicule. Une surévaluation ou sous-évaluation peut donc modifier radicalement le traitement du dossier et le montant de l’indemnisation.
Calcul de la valeur résiduelle et vétusté
En cas de sinistre total, l’indemnisation correspond généralement à la valeur vénale du véhicule, déduction faite de sa valeur d’épave (ou valeur résiduelle). Cette valeur vénale est déterminée en fonction de l’état constaté avant sinistre.
La vétusté représente la dépréciation normale liée à l’usage et au temps. Son calcul obéit à des barèmes établis par les assureurs ou les experts. Par exemple, pour les pièces mécaniques, la vétusté peut atteindre :
- 10 à 15% pour un véhicule de moins de 2 ans
- 25 à 30% entre 2 et 4 ans
- 40 à 50% entre 4 et 6 ans
- Plus de 60% au-delà de 6 ans
Ces taux varient selon les compagnies et peuvent être modulés en fonction de l’entretien constaté. Certains contrats haut de gamme proposent des clauses de « valeur à neuf » ou « valeur majorée » qui neutralisent partiellement ou totalement l’application de la vétusté pendant une période définie.
La Cour de cassation, dans un arrêt du 12 décembre 2019, a confirmé que « l’indemnité due par l’assureur doit être calculée sur la base de la valeur de la chose assurée au jour du sinistre », validant ainsi la prise en compte de la vétusté dans le calcul de l’indemnisation.
Cas particuliers et situations litigieuses
Certaines situations spécifiques méritent une attention particulière en raison de leur caractère potentiellement conflictuel :
Les véhicules de collection ou d’exception échappent aux méthodes d’évaluation standardisées. Leur valeur repose sur des critères spécifiques comme la rareté, l’état de conservation ou l’historique. Des contrats dédiés proposent une valeur agréée, fixée contractuellement et révisée périodiquement.
Les véhicules fortement personnalisés posent la question de la prise en compte des modifications. Selon la jurisprudence de la Cour d’appel de Paris (arrêt du 5 mars 2020), « seules les modifications déclarées à l’assureur et acceptées par ce dernier peuvent être prises en compte dans l’évaluation du préjudice ».
Les véhicules récemment acquis suscitent des débats sur la référence à retenir : prix d’achat ou valeur de marché ? La Commission des Clauses Abusives recommande que « le contrat prévoie explicitement les modalités d’indemnisation des véhicules récemment acquis ».
Les véhicules sous financement (crédit, leasing) présentent une complexité supplémentaire. L’indemnisation doit tenir compte du capital restant dû à l’organisme financier. Des garanties spécifiques comme la « garantie financière » ou « valeur à neuf étendue » permettent de combler l’écart potentiel entre l’indemnité versée et le solde du financement.
Face à ces situations, le Médiateur de l’Assurance préconise une transparence accrue des assureurs sur les méthodes d’évaluation. Dans son rapport annuel 2022, il note que « 28% des saisines relatives à l’assurance automobile concernent des litiges sur l’évaluation du véhicule avant sinistre ».
L’impact de l’état du véhicule sur l’indemnisation se révèle donc multiforme et complexe. Sa compréhension nécessite une connaissance approfondie des mécanismes contractuels et des pratiques expertales, justifiant parfois le recours à une contre-expertise pour défendre les intérêts de l’assuré.
Stratégies de protection pour l’assuré face à l’évaluation
Face aux enjeux financiers liés à l’évaluation de leur véhicule, les assurés disposent de plusieurs leviers pour sécuriser leur situation et optimiser leur indemnisation potentielle en cas de sinistre. Ces stratégies préventives et réactives permettent de réduire les risques de contestation et de sous-évaluation.
Documentation préventive de l’état du véhicule
La constitution d’un dossier documentant précisément l’état du véhicule représente la première ligne de défense pour l’assuré. Cette démarche préventive comprend plusieurs actions complémentaires :
La photographie régulière du véhicule sous différents angles constitue un élément probant en cas de litige. Ces clichés doivent être horodatés et idéalement géolocalisés. Ils doivent couvrir l’extérieur (carrosserie, jantes, optiques) comme l’intérieur (sellerie, tableau de bord, équipements).
La conservation des factures d’entretien, de réparation et d’amélioration permet d’établir l’historique précis du véhicule. Ces documents attestent du suivi des préconisations du constructeur et valorisent le véhicule. Selon une étude du Centre Technique d’Assurance, un entretien documenté peut augmenter la valeur estimée de 8 à 12%.
L’archivage des contrôles techniques successifs offre une traçabilité objective de l’évolution de l’état du véhicule. Ces rapports, établis par des organismes agréés, constituent des preuves difficilement contestables de l’état mécanique et structurel du véhicule à intervalles réguliers.
Pour les véhicules haut de gamme ou les modifications significatives, un rapport d’expertise préalable peut être commandé à un expert indépendant. Ce document, dont le coût varie entre 150 et 400 euros selon le niveau de détail, établit formellement la valeur et l’état du véhicule à une date donnée.
Choix des garanties contractuelles adaptées
Le contrat d’assurance automobile offre plusieurs options permettant de sécuriser l’indemnisation face aux aléas de l’évaluation :
La garantie valeur à neuf couvre le remplacement du véhicule par un modèle identique neuf pendant une période définie (généralement 6 à 36 mois selon les contrats). Cette garantie neutralise temporairement l’application de la vétusté.
La valeur conventionnelle ou valeur agréée fixe contractuellement la valeur du véhicule pour une période déterminée. Particulièrement adaptée aux véhicules de collection ou rares, elle supprime les débats sur l’évaluation en cas de sinistre total.
La garantie valeur majorée prévoit l’application d’un coefficient multiplicateur (généralement entre 1,1 et 1,3) à la valeur vénale déterminée par l’expert. Cette option, proposée par des assureurs comme Allianz ou AXA, offre un coussin de sécurité face aux aléas de l’évaluation.
La garantie des équipements spécifiques couvre explicitement les accessoires et aménagements ajoutés au véhicule d’origine. Cette extension permet d’intégrer dans l’indemnisation des éléments souvent négligés dans l’évaluation standard.
Selon une étude comparative de l’Institut National de la Consommation, le surcoût de ces garanties représente en moyenne 5 à 15% de la prime de base, mais peut permettre une indemnisation supérieure de 20 à 40% en cas de sinistre total.
Recours et contestation de l’évaluation
En cas de désaccord sur l’évaluation proposée par l’assureur, l’assuré dispose de plusieurs voies de recours :
La contre-expertise constitue le premier niveau de contestation. L’assuré peut mandater un expert indépendant inscrit sur la liste nationale des experts en automobile pour réaliser une évaluation contradictoire. Le coût de cette démarche (entre 200 et 600 euros) peut être partiellement pris en charge par certaines assurances de protection juridique.
La procédure d’expertise amiable contradictoire, prévue par la plupart des contrats, permet de confronter les analyses de l’expert de l’assurance et de l’expert mandaté par l’assuré. En cas de persistance du désaccord, un troisième expert (« tiers expert ») peut être désigné d’un commun accord pour trancher le différend.
Le recours au Médiateur de l’Assurance offre une alternative extrajudiciaire gratuite. Ce dispositif indépendant peut être saisi lorsque les réclamations auprès de l’assureur n’ont pas abouti. Selon les statistiques publiées, environ 60% des médiations relatives à l’évaluation des véhicules aboutissent à une revalorisation de l’indemnité proposée.
L’action judiciaire demeure l’ultime recours. Le Tribunal judiciaire peut être saisi pour trancher les litiges dont le montant dépasse 10 000 euros. Dans ce cadre, le tribunal désigne généralement un expert judiciaire dont les conclusions s’imposent aux parties.
Pour maximiser les chances de succès dans ces démarches, l’assuré doit réunir un faisceau d’éléments probants : documentation photographique, historique d’entretien, factures de réparation, annonces comparables sur le marché de l’occasion, et éventuellement témoignages de professionnels sur l’état du véhicule avant sinistre.
Ces stratégies préventives et réactives permettent à l’assuré de renforcer significativement sa position face aux enjeux de l’évaluation. Leur mise en œuvre méthodique contribue à réduire l’asymétrie d’information et de pouvoir qui caractérise souvent la relation entre l’assuré et sa compagnie d’assurance.
Évolutions et perspectives dans l’évaluation des véhicules assurés
Le domaine de l’évaluation automobile connaît actuellement des transformations profondes sous l’effet conjugué des innovations technologiques, des évolutions réglementaires et des nouvelles attentes des consommateurs. Ces mutations dessinent un paysage en pleine recomposition pour les années à venir.
Révolution digitale et données massives
La numérisation des processus d’évaluation représente la tendance la plus marquante du secteur. Les outils digitaux transforment radicalement les méthodes traditionnelles :
Les applications mobiles dédiées permettent désormais aux assurés de documenter eux-mêmes l’état de leur véhicule. Des solutions comme celles développées par Shift Technology ou WeProov proposent des parcours guidés de photographie qui génèrent automatiquement un rapport d’état horodaté et certifié.
L’intelligence artificielle révolutionne l’analyse des dommages et l’évaluation des véhicules. Les algorithmes de reconnaissance visuelle peuvent désormais identifier automatiquement les défauts de carrosserie, estimer leur gravité et calculer leur impact sur la valeur du véhicule. Des entreprises comme Tractable ou Bdeo développent des solutions capables d’évaluer un véhicule à partir de simples photographies avec une précision comparable à celle d’un expert humain.
Le big data permet d’affiner considérablement les modèles d’évaluation. En analysant des millions de transactions sur le marché de l’occasion, des plateformes comme Autobiz ou Autovista peuvent désormais déterminer avec une précision inédite l’impact de chaque caractéristique (équipement, couleur, motorisation) sur la valeur résiduelle d’un véhicule.
Selon une étude de McKinsey & Company, ces technologies pourraient réduire les délais d’évaluation de 70% et améliorer la précision des estimations de 15 à 20% d’ici 2025.
Nouveaux modèles d’usage et de propriété
L’émergence de nouveaux rapports à l’automobile modifie en profondeur les approches d’évaluation :
La location longue durée (LLD) et la location avec option d’achat (LOA) représentent désormais plus de 50% des acquisitions de véhicules neufs par les particuliers. Ces formules impliquent des mécanismes spécifiques d’évaluation, notamment la notion de valeur résiduelle financière garantie contractuellement, qui diffère de la valeur vénale traditionnelle.
Les flottes en autopartage et les véhicules de mobilité à la demande nécessitent des approches d’évaluation adaptées à leur usage intensif et partagé. Des modèles prédictifs spécifiques se développent pour anticiper la dépréciation de ces véhicules soumis à des contraintes particulières.
Le développement des contrats d’assurance à l’usage (pay as you drive) ou comportementaux (pay how you drive) intègre de nouvelles variables dans l’évaluation du risque et potentiellement dans celle du véhicule lui-même. Les données télématiques collectées permettent d’établir une corrélation entre le style de conduite et l’usure réelle du véhicule.
Ces évolutions conduisent à l’émergence d’une approche plus dynamique de l’évaluation, qui s’éloigne progressivement du modèle statique traditionnel pour tendre vers une valorisation continue et personnalisée.
Défis environnementaux et réglementaires
Le contexte écologique et réglementaire bouleverse les paramètres classiques de l’évaluation automobile :
La transition énergétique soulève des questions inédites sur la dépréciation des différentes motorisations. Les véhicules électriques présentent des courbes de dépréciation spécifiques, fortement influencées par l’évolution de la capacité des batteries. Selon l’Observatoire Cetelem de l’Automobile, la valeur résiduelle d’un véhicule électrique après 3 ans peut varier de 35 à 60% selon l’évolution technologique des batteries et les politiques publiques.
Les zones à faibles émissions (ZFE) et autres restrictions de circulation modifient profondément la valeur de certains véhicules thermiques, créant des disparités territoriales dans l’évaluation. Un même véhicule diesel peut ainsi perdre jusqu’à 25% de sa valeur s’il est utilisé dans une zone urbaine soumise à restrictions, selon une étude de l’Association des Experts en Automobile.
Les normes d’homologation de plus en plus strictes (Euro 7 à l’horizon 2025) accélèrent l’obsolescence réglementaire de certains modèles, influençant directement leur valeur sur le marché secondaire.
Face à ces défis, de nouveaux indicateurs émergent dans les modèles d’évaluation, comme l’empreinte carbone du véhicule ou sa conformité anticipée aux futures réglementations.
Ces évolutions convergent vers une approche plus holistique et dynamique de l’évaluation automobile, intégrant davantage de paramètres et s’appuyant sur des technologies avancées. Pour les assurés comme pour les assureurs, ces transformations représentent à la fois des opportunités d’évaluation plus juste et des défis d’adaptation à un environnement en mutation rapide.
L’avenir de l’évaluation automobile s’oriente probablement vers des modèles hybrides combinant expertise humaine et intelligence artificielle, capables d’intégrer en temps réel les multiples dimensions – techniques, économiques, environnementales et réglementaires – qui déterminent la valeur d’un véhicule à un instant donné.
